18 janvier, 2011

La grande angoisse des entreprises françaises

.lepoint.fr Le départ de Ben Ali fait planer de nombreuses incertitudes sur les relations commerciales entre la Tunisie et la France.

La grande angoisse des entreprises françaises

L'armée tunisienne contrôle la ville de Tunis pour arrêter les pillards et autres fauteurs de troubles © Frédéric Dugit / PhotoPQR/ le Parisien

Par Marc Vignaud (avec Thierry Vigoureux)

"On est sur les dents avec notre filiale tunisienne. Tout est arrêté. Les salariés sont restés chez eux." Nicole Hoffmeyster, la directrice générale de Classe export, une société facilitateur d'affaires pour les entreprises à l'international, ne cache pas son inquiétude après le changement de pouvoir en Tunisie.

La révolution a fait souffler un vent de liberté dans le pays, mais ouvre également une période d'incertitude économique pour les 1.250 entreprises françaises qui y sont implantées. PME pour la plupart, celles ci emploient 110.000 personnes - 80 % de leur activité sont dans l'industrie -, selon le site internet de la chambre de commerce et d'industrie franco-tunisienne. "Beaucoup exercent dans le textile mais aussi de plus en plus dans l'industrie électrique et mécanique", détaille Habib Gaïda, le directeur général de la chambre franco-tunisienne de commerce et d'industrie. Depuis vendredi, leur activité est à l'arrêt. "Les milices de l'ancien gouvernement sont toujours là", rappelle Nicole Hoffmeyster. Le climat est donc à la peur et beaucoup d'entreprises ont d'ailleurs rapatrié leurs cadres ou attendent avant de les envoyer dans le pays, assure-t-elle. C'est ce dont témoigne le groupe de transport ferroviaire Alstom, qui a "suspendu tout déplacement de collaborateurs vers ce pays". Mais la chambre d'industrie et de commerce installée à Tunis se veut optimiste : "les Tunisiens veulent reprendre le travail, ils nettoient les rues (...) Le patronat, l'union des agriculteurs ont appelé à la reprise de l'activité".

Incertitudes sur les interlocuteurs

En attendant, les entrepreneurs hexagonaux doivent aussi gérer l'incertitude sur le maintien de leurs interlocuteurs habituels au sein du pouvoir tunisien et à la tête des nombreuses entreprises contrôlées par la famille élargie de Ben Ali. "On travaillait avec des hommes clés, on ne sait pas si ces gens-là vont rester en place", explique Nicole Hoffmeyster, alors que la composition du gouvernement devait être annoncée lundi.

Selon Habib Gaïda, certaines affaires conclues par Ben Ali et son gouvernement vont être réexaminées par une "commission nationale de vérification des contrats", après les accusations de népotisme portées à l'encontre du président déchu et de sa famille. Alstom, qui a enregistré récemment une demande de 16 rames du futur tramway de la capitale, Tunis, se veut toutefois rassurant. "À ce stade, nos contrats et notre présence demeurent effectifs", explique le groupe. Et d'ajouter : "Pour l'instant nous ne sommes pas inquiets." C'est aussi le discours tenu par Airbus. Tunis Air lui a acheté 33 appareils, dont 18 ont déjà été livrés. Restent à fournir 15 avions, dont 9 A320 moyen-courrier et 6 A330 long-courrier. "À ce jour, le contrat de commandes de Tunis Air - qui ambitionne de créer une activité long-courrier avec notamment la desserte du Canada, où sont établis de nombreux Tunisiens - n'a pas été remis en cause", selon un porte-parole.

Au-delà de ces contrats très médiatiques, c'est toute la politique économique mise en place par le président déchu qui pourrait être revue. Nicole Hoffmeyster espère que le programme Think Tunisia, qui incite les entreprises étrangères à s'implanter dans les régions délaissées par le développement économique grâce à des pôles de compétitivité dotés de subventions, pourra continuer. Déjà, des salons organisés par la chambre d'industrie et de commerce prévus en février pour le secteur de la santé et en mars pour l'industrie électrique devront sûrement être annulés. C'est autant d'entreprises françaises qui retarderont leur implantation ou leur développement dans un pays dont la croissance atteint encore 4 % malgré la crise.

1 commentaire:

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