17 novembre, 2014

Burkina Faso: le nouveau président Michel Kafando en fonction vendredi



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Le nouveau chef de l’Etat intérimaire du Burkina Faso, le diplomate Michel Kafando, désigné lundi, prêtera serment mardi et entrera en fonction vendredi, tournant ainsi la page du régime militaire qui a dirigé le pays pendant seize jours après la chute de Blaise Compaoré.
Après une nuit de tractations à Ouagadougou, le nouveau président intérimaire, âgé de 72 ans, a à peine cillé à l’annonce de sa nomination annoncée au petit matin en présence des deux autres candidats retenus par le “collège de désignation”, l’ex-ministre de Thomas Sankara, Joséphine Ouédraogo et le journaliste Cherif Sy.
Distingué et réservé, M. Kafando, un homme de grande taille aux cheveux légèrement grisonnants, a rapidement pris la parole pour prendre acte de sa nouvelle situation.
“Plus qu’un honneur, c’est une redoutable responsabilité qui m’échoit, dont j’entrevois déjà les écueils et l’immensité de la tâche”, a-t-il dit. “J’ai naturellement accepté comme chaque fois lorsque que j’ai été sollicité par le devoir”.
L’Union africaine – qui avait lancé un ultimatum le 3 novembre au régime militaire, lui demandant de valider sous quinze jours ses institutions de transition et de choisir un président intérimaire – a salué lundi le choix d’une “personnalité civile” comme chef intérimaire, signe de la “maturité politique” et du “sens des responsabilité” des Burkinabè.
La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), dont fait partie le Burkina, a également salué le retour à un régime de transition civil.
“Ces actes démontrent une fois encore, la volonté du Peuple burkinabè, de ses Forces vives et de ses Forces de défense et de sécurité de privilégier l’intérêt supérieur de la nation”, a estimé le président ghanéen John Dramani Mahama, qui a participé à la médiation internationale dans la crise en tant que président en exercice de la Cédéao.
Figure de la diplomatie burkinabè, Michel Kafando a été ambassadeur de la Haute-Volta (l’ancien nom du pays) puis du Burkina Faso auprès des Nations unies, respectivement en 1981-1982 et 1998-2011. Il a été choisi par un collège de civils et de militaires après une nuit de discussions.
M. Kafando a également été ministre des Affaires étrangères dans plusieurs gouvernements, entre 1982 et 1983.
Sa désignation doit encore être actée par le Conseil constitutionnel.
La transition militaire durera donc trois courtes semaines, le lieutenant-colonel Zida gardant la charge du pays jusqu‘à vendredi, alors que nombre de Burkinabè craignaient un coup d’Etat de l’armée son maintien au pouvoir.
La France, ancienne puissance coloniale et premier soutien international de ce pays sahélien pauvre de 17 millions d’habitants, a également salué la transition.
“La France se tient aux côtés du Burkina Faso durant cette période clé de son histoire”, a déclaré le chef de l’Etat François Hollande, qui a félicité Michel Kafando, selon un communiqué de la présidence française.

– ‘Corruption et impunité’ –

Le chef de file de l’opposition à l’ex-président Blaise Compaoré, Zéphirin Diabré, l’un des 23 membres du conseil de désignation composée de militaires et de civils, a salué l’arrivée de M. Kafando.
“Son programme, c’est exactement ce que les gens attendent parce que ça allait droit sur les problèmes de corruption et d’impunité”, a-t-il déclaré. “Il est extraordinairement en phase avec les attentes de la révolution”.
Des étudiants étaient d’un autre avis lundi.
“Pourquoi chasser le président Compaoré si c’est pour le remplacer par son sbire?”, s’interrogeait Jérôme Oubda, 33 ans, étudiant en communication. “Désigner M. Kafando, c’est perpétuer le règne du parti majoritaire et de Blaise Compaoré”, chassé par une insurrection populaire après 27 ans de règne et réfugié en Côté d’Ivoire.
L’investiture de M. Kafando aura lieu mardi, a indiqué le Conseil constitutionnel, dans une salle de conférence de Ouaga 2000, un quartier récent et aisé de la capitale, où se trouve la présidence.
Le Premier ministre, le gouvernement, ainsi que les 90 membres du Conseil de transition, le parlement provisoire, seront nommés plus tard dans la semaine.
La passation du pouvoir de M. Kafando avec le lt-colonel Zida se déroulera vendredi. Six chefs d’Etat, Ghana, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal et Togo, assisteront à cette cérémonie, a déclaré à l’AFP le colonel Gilles Séraphin Bayala, le chef du protocole de l’armée. Les président du Bénin et de la Côte d’Ivoire doivent confirmer leur présence, a-t-il ajouté.
L’opposition se divise sur la désignation des 30 membres qui lui sont impartis au sein du Conseil national de transition.
“Si chacun reste sur ses positions, (...) on se retrouvera avec un clash, a déclaré à l’AFP Etienne Traoré, le président du Parti pour la démocratie et le socialisme (PDS/Metba, opposition). Or il ne serait pas souhaitable en ce moment pour l’opposition de se donner en spectacle”.
L’opposition burkinabè, marquée par sa faiblesse et son morcellement, n‘était unie que sur son hostilité à Blaise Compaoré.

Copyright 2014 Agence France-Presse.

Burkina Faso: Michel Kafando nouveau président intérimaire



Burkina: le diplomate Michel Kafando, nouveau président intérimaireLe Burkina Faso a désigné un nouveau chef de l’Etat intérimaire, le diplomate Michel Kafando, tournant ainsi la page du régime militaire qui a pris le pouvoir à la chute de Blaise Compaoré.
Après une nuit de tractations, le nouveau président intérimaire, âgé de 72 ans, a à peine cillé à l’annonce de sa nomination. Elle a été annoncée en présence des deux autres candidats retenus par le “collège de désignation”, l’ex-ministre de Thomas Sankara, Joséphine Ouédraogo et le journaliste Cherif Sy.
Distingué et réservé, cet homme de grande taille aux cheveux noirs légèrement grisonnants, vêtu d’un costume, a rapidement pris la parole, se munissant d’un discours manuscrit, pour prendre acte de sa nouvelle situation.
“Plus qu’un honneur, c’est une redoutable responsabilité qui n’échoit, dont j’entrevois déjà les écueils et l’immensité de la tâche”, a commenté M. Kafando. “J’ai naturellement accepté comme chaque fois lorsque que j’ai été sollicité par le devoir”, a-t-il ajouté.
Figure de la diplomatie burkinabè, cet ancien ambassadeur de la Haute-Volta (l’ancien nom du pays) puis du Burkina Faso auprès des Nations unies, respectivement en 1981-1982 et 1998-2011 a été choisi par un collège de civils et de militaires après une nuit de discussions à Ouagadougou.
M. Kafando a également été ministre des Affaires étrangères dans plusieurs gouvernements, entre 1982 et 1983.
Ses objectifs énoncés sont à la hauteur des attentes du Burkina Faso : “bâtir ensemble une nouvelle société, une société réellement démocratique par la justice, la tolérance et l’union des cœurs”.
Lasse de la corruption de l’ancien régime et désireuse de changement, la rue burkinabé avait chassé le président Blaise Compaoré le 31 octobre dernier parce qu’il souhaitait modifier la Constitution pour se maintenir au pouvoir, après 27 années de règne.
L’armée, aux commandes du pays depuis le 1er novembre via le lieutenant-colonel Isaac Zida, l’homme fort du Burkina, ne doit encore garder le pouvoir que quelques heures encore, une journée tout au plus.
Une fois la désignation de Michel Kafando actée par le Conseil constitutionnel, les civils auront repris officiellement les rênes du pays.
Au Burkina Faso, la transition aura duré une quinzaine de jours, une durée exceptionnellement courte, quand nombre de Burkinabè craignaient un coup d’Etat militaire et le maintien de M. Zida au pouvoir.

– Un anti-corruption-

La nomination de Michel Kafando est intervenue au bout d’une nuit de tractations.
Le collège de désignation, sur cinq candidats présélectionnés, n’en a retenu que trois. L’archevèque de Bobo-Dioulasso Mgr Paul Ouédraogo, sélectionné mais qui ne souhaitait pas le poste, n’a pas été auditionné, tout comme le journaliste Newton Ahmed Barry.
“Le plus déterminant a été son exposé, très efficace”, a déclaré à l’AFP Zéphirin Diabré, le chef de file de l’opposition à Blaise Compaoré, l’un des 23 membres de cette instance composée de militaires et de civils, ces derniers étant majoritaires.
“Son programme, c’est exactement ce que les gens attendent parce que allait droit sur les problèmes de corruption et d’impunité. Il est extraordinairement en phase avec les attentes de la révolution”, a-t-il poursuivi.
Dimanche après-midi, la charte de la transition, qui doit servir de constitution intérimaire, avait été officiellement signée par l’armée et les civils, dans l’euphorie générale, à la Maison du peuple de Ouagadougou.
“Aujourd’hui, nous sommes ensemble pour asseoir les bases inébranlables d’une démocratie, véritable aspiration profonde de notre peuple”, avait lancé le lieutenant-colonel Zida, longuement applaudi, devant le corps diplomatique et plusieurs dignitaires africains.
Le nom de Michel Kafando, mentionné il y a deux semaines à la chute du président Compaoré, n‘était revenu sur le devant de la scène que dimanche.
L’Union africaine (UA) avait lancé un ultimatum le 3 novembre au régime militaire, lui demandant de valider sous quinze jours ses institutions de transition et de choisir un président intérimaire. Ce délai expire lundi.
La Conseil constitutionnel, à nouveau en fonction depuis le rétablissement de la Constitution annoncé samedi par M. Zida, doit valider rapidement la charte de transition. Cet organe a siégé dimanche, dans la discrétion la plus totale.
Le Conseil a déjà constaté la vacance du pouvoir et l’indisponibilité du président de l’Assemblée nationale – qui aurait légalement dû prendre la suite de Blaise Compaoré à sa chute, ce que ni armée ni civils ne souhaitaient -, avait déclaré l’un de ses membres à l’AFP.
Les sages burkinabè attendaient la nomination du futur président, désormais actée, pour “prendre d’autres décisions”, avait ajouté cette source.

Copyright 2014 Agence France-Presse.

14 novembre, 2014

Burkina Faso:L'interview de Laurent Bado sur les événements des 30 et 31 octobre 2014

Laurent Bado : «Un homme politique, c’est quelqu’un qui voit loin comme moi, et non qui se souvient»Laurent Bado : «Un homme politique, c’est quelqu’un qui voit loin comme moi, et non qui se souvient»
Un petit «vent» comme accueil ce mardi 11 novembre 2014 à Pissy. Le Pr Laurent Bado refuse de nous serrer la main à notre arrivée à son domicile aux environs de 16h. «Avec Ebola, je ne salue pas. J’ai toujours été prévoyant», nous explique-t-il avant de se fendre de son fameux rire. Il nous invite tout de même à prendre place à ses côtés sur sa terrasse. Sur la petite table en face de lui, une bouteille d’eau minérale, un recueil de lois et quelques feuilles manuscrites. Celui qui insiste pour qu’on l’appelle «Monsieur Bado tout simplement», et qu’un intermédiaire avait pourtant démarché pour nous, oppose un niet catégorique à notre sollicitation d’interview. «Je vous ai dit de venir pour qu’on discute mais je ne parle pas. J’ai décidé depuis longtemps de ne pas parler et je veux même qu’on m’oublie parce que quand je parle, on ne me comprend pas et on dit que je ne suis qu’un bavard, que je suis fou, que j’insulte le peuple… Pourtant un homme politique, c’est quelqu’un qui voit loin comme moi, et non qui se souvient comme beaucoup. Je trouve que j’ai fait tout ce que je pouvais pour ce peuple». C’est parti ainsi pour un quart d’heure de plaidoirie sur la pertinence de notre questionnaire et les raisons de notre choix porté sur lui, au bout duquel Laurent Bado, celui qui se définit lui-même comme un retraité, finit par accéder à notre requête. Non sans préciser qu’il ne répond pas aux questions de fond. «Pour le moment».

Comme beaucoup de Burkinabè, vous avez vécu les événements des 30 et 31 octobre 2014. Comment vous qualifiez ce qui s’est passé ?

C’est un soulèvement populaire, une insurrection populaire. Il ne faut pas penser à un coup d’Etat parce que ça ne l’est pas. Ce n’est pas la peine non plus de parler de révolution. Les révolutions sont mortes pour toujours. Il n’y avait rien de plus faux que toutes ces révolutions dans ce monde. Quelqu’un se lève, il veut plaire au peuple, au petit peuple, aux pauvres ; alors il chatouille leur sentiment, appauvrit les riches sans enrichir les pauvres et cela finit toujours mal.
Personne ne peut me parler de révolution parce que je l’ai vue partout, même en Union soviétique. Les révolutionnaires sont souvent de faux types qui mentent au peuple et c’est après que ce dernier le regrette.
Ce que j’entends par révolution, c’est faire un tour sur soi-même. Lorsqu’on parle de révolution, ça doit être par rapport à nos mœurs, à nos coutumes parce que la colonisation est venue nous déraciner ; c’est cela, la révolution et c’est pour cela qu’en janvier 1981, j’avais prévu une révolution dans les 5 ans à venir avec mon ouvrage «Ni l’Est ni l’Ouest» et c’est dedans d’ailleurs que je prévoyais au plan économique deux principes fondamentaux que le capitaine Thomas Sankara a adoptés : s’il faut compter sur soi, il faut produire et consommer national.
Ce n’est pas de Sankara mais de moi et j’ai été fier qu’il ait adopté cela. Donc si c’est de cette révolution qu’il est question, je suis d’accord, mais la révolution des Karl Marx, des Lénine et autres, je m’y oppose parce que c’est du mensonge.
Ici au Burkina, c’est une insurrection populaire qui a réussi et j’applaudis. J’applaudis d’autant plus que je savais qu’un jour cela allait arriver dans notre pays.

Cette insurrection est-elle salutaire ?

Evidemment ! Le soulèvement populaire est très salutaire. Pourquoi ? Parce que rien ne sera plus comme avant dans notre pays ; parce que si ces jeunes sont allés au combat, prêts à mourir, il n’y a pas un pouvoir demain qui va jouer au dindon de Goundi avec le peuple ; parce que le peuple ne veut plus les inégalités criardes, ni d’une justice à double vitesse.
Vous êtes-vous demandé pourquoi les jeunes ne respectent pas le code de la route ? C’est parce qu’ils se disent qu’il n’y a pas d’Etat. C’est l’Etat du plus fort, du plus riche et du plus rusé. C’est la manifestation de leur rejet d’un Etat qui n’était pas véritablement un Etat ; donc maintenant je pense que les choses vont changer. On sera obligé d’en tenir compte.

On sait que le 28 octobre, lors du meeting de l’opposition, vous avez été ovationné lorsque vous avez pris la parole. On a vu votre engagement dans cette lutte. Qu’avez-vous fait dans les journées des 30 et 31 octobre ?

D’abord le 28, disons plutôt que c’est le président de mon parti qui m’a fait venir sinon, de moi-même, je ne l’aurais pas fait. Et vous savez pourquoi ? Parce que depuis qu’il y a les marches, je n’allais à aucune, mais chaque fois, je rencontrais mes copains qui me disaient comment ça s’est passé. Mais eux ils m’avaient compris depuis le départ. Comprenez-moi :
on aime donner la parole aux chefs de parti. Vous vous imaginez, je vais là-bas avec Tahirou Barry et quand on dira le PAREN, les gens vont crier : Bado, Bado… Est-ce que je n’aurais pas humilié et tué mon président ? C’est comme si lui, il était incapable de prendre ma place. Mais les gens ne réfléchissent pas à ça et concluaient que j’étais indifférent au soulèvement.
C’est moi qui ai prévu ces drames. Je les ai prévus et ils sont arrivés, donc je ne veux pas me mettre à l’écart ! C’est donc à la demande de Tahirou que j’ai accepté d’aller au meeting du 28 et je ne m’attendais même pas à y prendre la parole. On est venu m’arracher, j’ai résisté avant de céder en me disant que si le peuple attend que je dise un mot, autant le faire ! Sinon, je partage de tout cœur ce mouvement populaire.
Le peuple en a marre et il ne faut plus jamais des barons dans notre pays ; plus jamais des gens qui vivent sur le dos du peuple. Dans tous les domaines, il y a tellement de choses pourries dans notre pays à soigner et il faut que tout cela disparaisse. Voilà pourquoi je suis allé au meeting. Lors des chaudes journées des 30 et 31, j’étais malade.

Vous êtes resté à la maison, l’oreille collée à votre radio ?

Oui oui, je n’ai pas bougé de la maison.

Vous aviez toujours prédit que l’enfer s’ouvrirait devant les Burkinabè, mais les choses sont allées vraiment vite. Est-ce que vous pensiez que Blaise Compaoré pouvait tomber aussi rapidement ?

Rien ne résiste à un vrai mouvement populaire. Dès le 28, j’ai compris que Blaise était perdant. Dans sa déclaration du 30 au soir, quand il a dit «je vous ai compris», j’ai applaudi et puis malheureusement il y a eu cette phrase qui a suivi et dans laquelle il disait qu’il allait diriger la transition ! Immédiatement, j’ai dit qu’il avait raté l’Histoire. Le peuple en avait marre de lui et il l’ignorait !
Blaise était déconnecté des réalités. Une fois à Paris, on lui a parlé de la pauvreté de notre pays et voici ce qu’il a répondu : «Vous êtes venu au Burkina, vous avez vu le nombre de personnes qui ont des portables ?» Donc pour lui, le nombre de portables était un signe que le peuple est riche.
Vous voyez, moi, je savais que la colère du peuple était grosse : une minorité richissime, arrogante, accaparant des richesses nationales, détournant à volonté, en toute impunité à côté d’une multitude misérable, des jeunes abandonnés à eux-mêmes, sans espoir ! Quand c’est ainsi, ils préfèrent mourir. Donc il ne m’a pas étonné, ce soulèvement. Dès que j’ai entendu Blaise dire qu’il va conduire la transition, j’ai dit : «Mon pauvre type, tu es foutu !»

A votre avis, qu’est-ce qui a véritablement perdu Blaise Compaoré après ces 27 ans ?

Blaise n’était pas un président. C’était un monarque. C’était son erreur. Un président de la république est en contact avec son peuple. S’il partait dans les provinces, faisait un tour dans les hôpitaux, il allait comprendre la réalité du terrain. Mais il se conduisait en empereur des Mossé. On a l’impression qu’il voulait même évincer le Mogho Naaba, car il empruntait même les attitudes royales. C’était insensé ! Le pouvoir rend fou et le pouvoir absolu rend absolument fou.
Sinon il aurait dû comprendre depuis longtemps et changer de manière, mais il n’a pas voulu. Je répète, Blaise n’était pas un président de la république mais un monarque absolu. Il semblait dire à ses sujets : «Faites ce que vous voulez, volez, pillez, mais pourvu que vous ne vous retourniez pas pour regarder le trône».

On parle d’une récupération de l’insurrection populaire par l’armée. Qu’en pensez-vous ?

Non, non, non ! L’armée ne peut pas avoir l’idée de prendre le pouvoir. Ce n’est pas possible. Il ne faut pas lui prêter des intentions.
Premièrement, ce serait une contre-vérité honteuse pour elle. C’est le peuple qui s’est soulevé et l’armée n’est intervenue que parce qu’elle est le seul organe de l’Etat capable d’assurer l’ordre !
Deuxièmement, tout le monde sait qu’avec la communauté internationale, le temps est passé où un militaire se lève pour faire un coup d’Etat ; mais les soulèvements populaires, oui, car ils auront toujours lieu et c’est l’armée qui viendra toujours empêcher le désordre absolu.
Il ne faut donc pas qu’on accuse l’armée, elle n’a rien fait. Et le lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida, le président intérimaire actuel, est manifestement très sincère ; il a l’air d’être très honnête ; on sent qu’il cherche à rétablir l’ordre, à accomplir son devoir tout simplement.

Vous croyez donc en son engagement à rendre rapidement le pouvoir à des civils ?

Ah oui ! Il va le rendre aux civils !

Mais quand dans Jeune Afrique Blaise dit qu’il a été trahi, pensez-vous que c’est vraiment le cas ?

Non, Blaise n’a pas été trahi ; je suis convaincu qu’il ne dit pas la vérité ! Il a été trahi par qui ? Il veut juste laisser croire qu’en fait, il était toujours aimé ! Toute sa vie publique durant, il n’a jamais dit une chose et l’a respectée.
Quand je me rappelle ce discours qu’il a lu à l’Académie des Sciences d’outre-mer en 1995 ! Dans ce discours, Blaise s’en prenait à tous les chefs d’Etat africains qui veulent mourir au pouvoir ; à ceux qui ne veulent pas l’alternance, il a promis le sort de César, un dictateur romain qui a été assassiné en plein Sénat : « Il faut se rappeler que César a été immolé en plein Sénat sans autres formalités que 18 coups de poignard et sans autre loi que la liberté de Rome ».
Et il ajoute qu’il est le président de la rupture et de la renaissance ; et il a terminé en disant que l’Histoire nous le dira, du moins à tous ceux qui atteindront les portes de l’histoire ! C’est moi qui avais écrit cela à sa demande !
Quand mon livre sur mon expérience politique sortira, les gens comprendront certaines choses : Blaise a eu du mépris pour l’ODP/MT puis pour le CDP. Il cherchait un parti d’idées sur lesquelles se baser pour réussir, laisser des traces dans l’Histoire. Il a sollicité ma collaboration informelle pendant plus de cinq ans ; j’aurais pu être un grand dans son régime si j’avais voulu. Il m’avait même demandé de créer un centre d’études prospectives parce que je vois loin. Il en a fait tout un ministère  après.

Différents projets de charte sur la transition sont sur la table. Qu’est-ce que vous en pensez ?
C’est dommage, mais je n’ai aucun sous la main ! C’est mon chef de parti qui m’a promis de m’en envoyer une copie mais je n’en ai pas encore eu. Moi, dès que j’ai vu la tournure des évènements, j’ai couru faire une charte, en constitutionnaliste que je suis, pensant que les nouvelles autorités demanderaient à toute bonne volonté sa contribution.

Justement, quelles sont les grandes lignes de votre projet à vous ?

Non, je ne dirai pas ce que j’ai élaboré parce que c’est comme si je le confrontais avec ce que les autres ont fait et on va dire demain que Laurent ne partage pas leur charte. Je répète que j’ai fait ma charte en pensant qu’on demanderait à tout citoyen de faire une proposition, même dans l’anonymat, et j’allais remettre la mienne !


En tout cas l’un des points commun aux différentes chartes, c’est la désignation d’une personnalité civile pour conduire la transition. Si on vous demandait de proposer une personnalité civile à cet effet, sur qui porterait votre choix ?

Pour moi, ce n’est pas les individus qui comptent, mais les idées de la charte. Il faut des gens sérieux pour réfléchir très calmement, pour dire ce qu’il ne faut plus dans notre pays. La personne est secondaire ; mais je me dis qu’à l’heure actuelle, il vaut mieux choisir quelqu’un qui n’a pas de bord politique affiché, qui n’est pas militant d’un parti. Il y a beaucoup d’hommes et de femmes comme ça. Des gens respectables.

Vous-même ça ne vous intéresse pas ?

Non, puisque les gens se jalousent dans ce pays-là. Je ne veux pas qu’on me compare à d’autres personnes. Moi, le pouvoir ne m’a jamais intéressé, mais je dis que si dans mon pays on a besoin de moi, à un moment donné, je serai présent aussi, comme un militaire. Vous n’avez pas vu que jusqu’à présent je n’ai jamais rien dit ? Je me tais, il n’y a que les autres qui parlent.
La personne qui a prédit le drame elle-même ne parle pas. Si j’avais prédit la maladie, c’est que j’en connais le remède ! Le peuple doit être vigilant ; il ne faut pas que des ambitieux plats détournent sa victoire sur la dictature ; des ambitieux qui parlent du bien du peuple sans croire au peuple.
Il ne faut pas que la jeunesse baisse les bras. Elle doit barrer la route à tous les assoiffés de pouvoir, à tous les médiocres, à tous les caméléons de jour et de nuit en vue d’un vrai changement, c’est-à-dire un changement d’idées.


Comment voyez-vous l’après-Blaise qui s’amorce ?

Il faut forcément une Ve république, sinon ça n’a pas de sens.
Et comme il n’ y a pas 20 milliards pour organiser un référendum constitutionnel, l’organe de transition n’a qu’à modifier les articles comme le CDP avait l’habitude de le faire. Avec Blaise, c’était sur la base de la théorie de la légitimité la plus rapprochée ! Le CDP a passé en effet son temps à changer la loi dans son intérêt.
Imaginez-vous, depuis la 4e république, nous sommes à notre 5e code électoral. Le 5e, qui date de 2001, a déjà été modifié 7 fois. C’est honteux ! Et il y avait encore un projet de modification! C’est pour ça que j’appelais le CDP la « Convention pour la Destruction du Pays ». Avec ce qui est arrivé, il faut en profiter pour construire l’ordre, la justice et la solidarité.

Pourquoi soutenez-vous cela ?

L’ordre parce que nous avons des lois qui ne sont pas appliquées et ce n’est pas normal. Lorsqu’on vote une loi, on la promulgue et l’administration ne l’applique pas ou les citoyens la violent impunément, c’est fini. Il faut l’ordre dans tous les domaines ; il faut que l’on revoie les lois et règlements qui ne sont pas appliqués et que, désormais, on les applique dans toute leur rigueur.

Et concernant la justice ?

La justice est lente, coûteuse, pas du tout juste. Elle est malade. Vous savez très bien que quand tu es pauvre tu ne peux pas gagner un procès face à un riche ! Tout le monde n’est pas pourri, bien entendu, mais il faut reconnaître que nous avons des avocats, des juges pourris. Il faut donc une nouvelle justice. Il faut tout balayer. Et dans tous les domaines, il faut changer.
Prenez par exemple l’administration territoriale, le CDP, pour nourrir ses amis, a fait de telle sorte que le département et la commune rurale soient une même entité avec deux têtes : un maire et un préfet ! Et dire que la population est misérable !
Et au niveau de la justice, il faut qu’on juge tout le personnel politique de la 4e République.

Un procès en bonne et due forme ?

Ah oui, un procès ! Il y a eu des détournements crapuleux non ? Il faut qu’on les juge.

Est-ce que ce ne sera pas une chasse aux sorcières ?

Qu’est-ce que vous appelez chasse aux sorcières ? S’il y avait des vraies sorcières, vous allez les laisser vous manger ? Si on ne juge pas les détourneurs, demain, il y aura d’autres détourneurs. Quand tu as une plaie, il faut bien la vider de son pus avant de mettre un sparadrap.
Il faut juger tout le personnel de la 4e république. Qui a tué ? Qui a donné l’ordre de tuer ? Qui a volé ? Qui a détourné ? Dès que la personne se confesse, le peuple va alors pardonner. C’est ça qui sera dur, mais pourtant si l’on ne passe pas par là, le vrai changement ne sera pas au rendez-vous et le peuple va le regretter : on va lui voler sa victoire !
Il ne faut pas faire comme le Général carthagénois Hannibal, qui est passé par les Alpes pour vaincre les Romains et qui s’est assis pour prendre des vacances. Un de ses généraux lui a dit : «Tu sais vaincre, mais tu ne sais pas profiter de ta victoire ». Le peuple vient de vaincre, mais le peuple doit profiter de sa victoire et rien ne doit plus être comme avant.
Tous ceux qui ont volé n’ont qu’à déclarer qu’ils ont volé et je propose si le peuple veut bien, qu’on ne publie pas leur nom et ils devront dire comment ils comptent réparer. On peut leur donner un délai de trois mois pour cela et, au-delà de ce délai, l’administration va faire ses investigations aussi bien pour les assassinats que pour les vols et si on te découvre, alors tu es jugé et condamné.
Si on ne passe par là la deuxième porte de l’enfer s’ouvrira. Jusqu’ici c’est un seul battant qui est ouvert et l’autre attend ; si le peuple se rend compte qu’on n’a fait que changer les individus et non pas le fond, il vaut mieux alors fuir parce que la prochaine fois, il ne restera pas une pierre sur une pierre dans nos villes !
Mes idées sont très simples, je ne cherche pas à blesser, à ruiner ni à humilier quelqu’un, mais c’est au nom de l’avenir de nos enfants et de leurs propres enfants que je le dis. Moi, je ne peux pas comprendre qu’un fonctionnaire burkinabè ait une villa de 150 millions de FCFA à Ouaga 2000 !
Il a fait quoi pour l’avoir. Tu reconnais que tu as volé et on te pardonne. Mais si nous nous taisons… Qu’on leur donne trois mois avant de commencer les investigations, et le peuple pourra dénoncer les gens. Un tel a une villa là. Et si on l’attrape, tant pis pour lui.
Il faut des lois partout. C’est l’occasion à jamais de faire le statut de la chefferie coutumière que j’avais proposé mais que le CDP a rejeté.

On va y revenir, mais on aurait souhaité que vous nous parliez d’abord du troisième point : la solidarité

La solidarité, telle que je l’ai inscrite dans le programme de gouvernement du PAREN, se fonde sur un double rejet : non à l’économie socialiste et à l’économie capitaliste. Tout est rejeté d’ailleurs en Occident par les peuples. Allez aux Etats-Unis, les indignés se lèvent, battent le pavé, passent devant la Maison-Blanche en criant : non au capitalisme, non au socialisme ! Ils réclament une troisième voie de développement ! C’est du Laurent Bado. En Europe, c’est la même chose avec les altermondialistes. Il nous faut une troisième voie qui est le Tercérisme que je propose.
Regardez aujourd’hui où sont toutes nos entreprises : entre les mains des mêmes personnes ! Ce sont les mêmes personnes, à peine 200, qui contrôlent des pans entiers de l’économie de notre pays. Ils sont dans l’or, le bitumage, les travaux publics en général, le pétrole, etc. C’est eux qui ont le vélo, c’est eux qui ont l’âne, c’est eux qui ont la voiture, c’est eux qui ont l’avion. On ne peut pas continuer comme ça !
Il faut donc l’actionnariat populaire pour que toute l’économie appartienne à tout le peuple. Regardez le changement de mentalité que cela va apporter. Le paysan doit prendre une action à 1 000 francs ; s’il ne paie pas, son enfant ne pourra pas travailler dans une entreprise communautaire ! Ceux qui touchent de gros salaires vont prendre beaucoup d’actions.
C’est ainsi qu’on va mobiliser des milliards. C’est justement pourquoi, dans mon programme de gouvernement, je n’ai pas besoin de tendre la main indéfiniment pour bâtir mon pays. Avec l’actionnariat populaire, tous les problèmes sont résolus.
On peut maintenant faire des sacrifices en décidant de ne pas distribuer de dividendes les premières années, mais de réinvestir cet argent. C’est cela le principe du compter sur soi, du produire et consommer national. C’est par ça que j’entends réussir. Et c’est une troisième voie équidistante du capitalisme d’Etat oppresseur du socialisme et du capitalisme privé exploiteur du libéralisme : c’est la parfaite synthèse entre 1789 et 1917 !
Même les Occidentaux se retournent vers l’actionnariat populaire. L’économie ne doit plus rester entre les mains de quelques individus, c’est pour ça que les sociétés humaines se portent mal : un petit groupe bouffe bien et s’amuse pendant que la multitude crève !.
Au Burkina Faso, pour créer son entreprise, le matériel est importé en hors taxe, hors douane ! En outre, pendant 5 ans, on ne paie pas d’impôts à l’Etat ! Après toutes ces faveurs, on s’étonne de voir le fossé entre la minorité et la majorité !
Chez moi, c’est l’économie populaire, c’est ça la vraie solidarité. Mais pour l’instant, la solidarité que je veux, c’est qu’on devrait d’abord demander à chaque Burkinabè de donner ce qu’il peut pour les familles des 30 morts et de la centaine des blessés. Il ne faut pas attendre l’Etat ! C’est à nous d’abord d’agir en tant que citoyens.
Automatiquement, chacun doit donner quelque chose, même si c’est 25 francs. En collectant 25 francs par-ci, 100 francs par-là, 1000 francs par-ci, 5 000 francs par-là, 10 000 francs par-ci, 50 000 francs par-là, on peut facilement réunir 2 à 3 milliards. Il le faut parce que tout le monde est convaincu que ces jeunes ne sont pas morts pour rien, mais ont été touchés par leur volontarisme.
Et plus tard, je voudrais un impôt de solidarité, le millième du salaire de chacun, et cet argent servira à s’occuper des fous qu’on voit dans nos rues. Ces fous sont nos frères, nos sœurs et nous devons en avoir pitié, car chacun d’entre nous pourrait être à leur place. Il y a aussi le cas des vieilles accusées de sorcellerie qu’on pourrait prendre en charge. C’est ça la solidarité.

Revenons enfin à la chefferie coutumière. Pensez-vous qu’il faille la désarmer politiquement ?

Cette question est en fait une de mes 9 lois que j’avais proposées à l’Assemblée nationale et portant sur le statut de la chefferie coutumière. Je suis un traditionnaliste, j’aime mes racines. La chefferie coutumière nous a dirigés pendant longtemps et c’est elle qui tient encore nos valeurs.
Mais c’est la pauvreté qui a fait que ces gens se sont laissés avoir. Dans mon projet de loi, je demandais que les grands naaba (Ouaga, Tenkodogo, Boussouma, Fada, Ouahigouya) aient une indemnité de fonction et une indemnité d’entretien de leur palais. Quand eux-mêmes ou leurs femmes tombent malades, qu’ils soient pris en charge par les hôpitaux de l’Etat.
Maintenant, concernant les petits chefs dans les provinces, il est indéniable qu’ils ont un rôle à jouer. Chez moi par exemple, quand tu prends le conseil municipal, la chefferie à un ou deux représentants d’office, en dehors même du vote. Enfin, les chefs sont associés à tous les plans, programmes et projets de développement local.

Ah bon ?

Mais oui. Comprenez bien que depuis l’indépendance, nous luttons contre les feux de brousse. Si c’était les chefs traditionnels qu’on avait mis au premier plan dans cette lutte, en lieu et place de l’administration, on ne parlerait plus de ce problème aujourd’hui. Si le chef traditionnel dit : «Je ne veux plus de feux de brousse», vous allez voir qu’il n’y en aura plus.
Même chose pour la question de la sensibilisation sur l’espacement des naissances ; je ne veux pas dire que le Burkina est trop peuplé, mais il faut reconnaître que le tô est trop petit par rapport au nombre de bouches. Donc, pour le moment, il faut limiter les naissances. Mais les gens ne comprennent pas et disent qu’un enfant, c’est un don de Dieu. Soit, alors quand il tombe malade, ne vient pas frapper à ma porte à 6h30 du matin, va frapper à la porte de Dieu.
Si cette sensibilisation est faite par le chef traditionnel (: «Mes enfants, le monde a changé, si le marigot change de cours, le caïman est obligé de changer de cours»), ce message allait mieux passer.
La chefferie est encore importante pour nous, mais c’est le CDP qui l’a mal utilisée. Il faut reconnaître aussi, que Thomas Sankara, n’a pas su la mettre à la place qu’il fallait avec méthode.

Mais ce schéma de gestion du statut de la chefferie coutumière n’est valable qu’au plateau central, car, par exemple, dans l’ouest du Burkina, il y a des sociétés acéphales qui vont se sentir oubliées dans votre approche…

Pas du tout, pas du tout. Parce que dans n’importe quel village, il y a un notable qui peut tenir lieu de chef. En pays Gourounsi, c’est le colon qui avait mis un chef. Le dernier que j’ai connu c’était le chef Marcel. Un peu partout chez nous, dans chaque village, il y a un grand notable. Qu’il s’appelle chef ou notable, c’est la même chose. C’est celui que les populations voient comme étant représentatif de leur culture.

Le Burkina est aujourd’hui dans une ère de renaissance, quel sera votre rôle dans cette phase de l’histoire du pays ?

J’ai déjà joué mon rôle, en conscientisant et responsabilisant la jeunesse par les conférences, en proposant une 3e voie de développement. J’ai fini mon combat.

Mais vous avez prédit la maladie et vous avez le remède. Est-ce que vous allez administrer le remède ?

C’est moi qui commande ce pays ? Qui dirige ce peuple ? C’est parce que j’aime le Burkina où je suis né que je propose des solutions à ses problèmes. Comment lutter contre la corruption ? Quelle école pour nos enfants ? Quelle ville ? Quel modèle de démocratie ? Quelle administration territoriale ? Quelle justice ? Quelle fonction publique ? J’ai tout remis en cause dans tous les secteurs et domaines. Aux gouvernants d’en juger.

Avec tout ce que vous proposez, il y a comme une mise en avant de votre projet de loi sur le délit d’apparence ?

Le délit d’apparence se fera automatiquement. Vous avez vu que lors des manifestations, on est parti brûler des maisons. On n’a pas brûlé les maisons de n’importe qui !

Pourra-t-on vous voir en lice lors de la prochaine présidentielle ?

Vous verrez le PAREN. Pour avoir prévu la mort du socialisme, la ruine du capitalisme, le retour des coups d’Etat, l’enfer pour les Burkinabè, le PAREN ne peut pas être absent. Il lui faut démontrer la pertinence de ses idées, la crédibilité de son programme de gouvernement.


Selon vous, quel doit être le sort de Blaise Compaoré ?

Il doit être jugé avec tous ceux qui ont commis des crimes économiques et de sang mais sans être sanctionnés : pour que le peuple sache la vérité. Pensez un instant qu’il y a des veuves et des orphelins qui ignorent où se trouve la tombe de leur mari et père ! C’est connu : nul ne peut gouverner innocemment ! Donc, tous ceux qui ont régné sur le pays pendant les 27 ans passés doivent rendre compte au peuple, même sans chercher à les humilier, ni à les pénaliser. C’est la base du changement réel et je prie bien que chacun comprenne cela.

Entretien réalisé par
San Evariste Barro
Hyacinthe Sanou
Dona Nadia Drabo (stagiaire)

La Mecque sous la menace: le berceau du prophète Mohammad ont été détruits, pour être remplacés par des hôtels de luxe, appartements et centres commerciaux


Le lieu de naissance du Prophète Mohammad (S) dans la ville sainte de la Mecque est sur le point d'être "enterré sous le marbre" et remplacé par un immense palais royal, c’est ce qu’a révélé un article publié ce jeudi par le quotidien britannique The Independent .
Ce nouveau projet de destruction fait partie d'un plan d’expansion du Masjid al-Haram, ou la Grande Mosquée, ayant couté plusieurs milliards de livres et entraîné la destruction des centaines de monuments historiques dans la ville sainte.
Les autorités chargés du plan d’expansion, entamé il ya plusieurs années, avancent comme prétexte l’élargissement  de la Grande Mosquée pour répondre aux millions de pèlerins qui se rendent chaque année à la Mecque pour accomplir le rituel du Hajj.
Selon l'Institut du Golfe, basé à Washington, jusqu'à 95 pour cent des bâtiments millénaires de La Mecque ont été détruits, pour être remplacés par des hôtels de luxe, appartements et centres commerciaux.
La semaine dernière, les colonnes ottomanes remontant à plus de 500 années et qui commémorent l'ascension du Prophète (S) au ciel, ont également été détruites, a affirmé au quotidien The Independent Dr.Irfan Alawi de la Fondation pour la recherche du patrimoine islamique, basée à Londres.
Et d’ajouter : la Maison du Mawlid, ou l'endroit de naissance du Prophète Mohammad ‘S’ en l'an 570, risque d'être détruite avant la fin de l'année. Elle sera remplacée par un nouveau palais royal chargé d’accueillir le roi Abdallah lors de son séjour à La Mecque.
Les plans de l'édifice, consulté par The Independent, incluent le site de la Maison du Mawlid récemment fermé aux pèlerins.
Les plans ont également été vérifiés par une source indépendante. Cette dernière a fait état de  nombreux critiques du processus de construction, mais incapables de parler publiquement de peur d'être puni par le régime, poursuit le journal.
"Le dernier site historique restant dans le royaume est la ville natale du prophète Mohammad, probablement le site le plus important de la communauté musulmane dans le monde entier, et le pire c’est que la plupart des gens ne sont même pas conscients qu'il existe maintenant des plans pour le détruire", a déploré M.Alawi.
L’Arabie saoudite prône la pensée wahhabite -source d’inspiration des takfiristes- qui interdit le culte de tout objet ou «saint», une pratique considérée comme «shirq », ou idolâtre.
La destruction des sites historiques islamiques a été récemment défendue par le Grand Mufti de l'Arabie Saoudite, le cheikh Abdul Aziz Bin Abdullah al-Cheikh. Selon lui, les démolitions sont nécessaires et la nation devrait remercier le gouvernement pour le travail qu’il accomplit pour élargir la grande mosquée.
En Septembre, The Independent a également révélé que même la tombe du Prophète (S) dans la ville sainte de Médine n’est pas à l’abri de certains wahhabites extrémistes.

Source: Traduit par AlManar des extraits d’un article publié par The Independent

Source: almanar

Burkina Faso: accord sur la transition, sortie de crise rapide possible l’armée et les civils sont tombés d’accord

. © William West

Le Burkina Faso a fait jeudi un pas important vers une sortie de crise: l’armée et les civils sont tombés d’accord sur les institutions de la transition, rendant possible une remise rapide du pouvoir aux civils par les militaires.
“Le présent projet de charte est voté à l’unanimité”, a affirmé Henry Yé, président d’une commission intermédiaire, qui rassemblait opposition, autorités religieuses et traditionnelles, société civile et armée.
L’adoption de cette “charte de la transition”, a eu lieu en assemblée, sous les applaudissements des quelque 80 délégués présents, qui ont ensuite chanté l’hymne national, dans l’euphorie générale, a observé un journaliste de l’AFP.
Près de deux semaines après la chute du président Blaise Compaoré, chassé par la rue après 27 ans de règne, les laborieuses tractations des derniers jours ont finalement porté leurs fruits.
“Ce travail ouvre de nouvelles perspectives à notre pays, surtout à la jeunesse”, dont l’avenir sera “protégé”, s’est réjoui Ablassé Ouédraogo, ancien ministre des Affaires étrangères et ténor de l’opposition, qui s’est dit “comblé”.
“Les Burkinabè ont fait preuve d’une grande maturité. Ils ont réussi là où beaucoup pensaient qu’ils allaient échouer”, a commenté Adama Kanazoé, un jeune politicien, qui a qualifié la journée d’“extraordinaire”. “Une belle page de notre histoire s’est écrite”, a-t-il renchéri.
Barkissa Konaté, membre de la société civile, a fait part de sa “fierté” d‘être “une jeune Burkinabè”. “La révolution est en marche. Maintenant, nous allons avoir une vraie démocratie!”, a-t-elle lancé.
Le lieutenant-colonel Isaac Zida, l’homme fort du pays depuis que l’armée a pris les commandes à la suite de la chute du régime Compaoré le 31 octobre, s‘était montré rassurant dans l’après-midi.
“L’armée est d’accord avec la charte de transition. Nous sommes parvenus à un accord sur l’architecture même des organes de transition”, avait-il affirmé à l’AFP. Mais il restait encore à valider cet accord en assemblée. Une étape désormais franchie.
Le président de la transition, un civil, sera nommé par un collège électoral, a-t-on appris auprès de délégués. Il ne pourra être issu d’un parti politique.
Le président de l’assemblée, nommée Conseil national de transition (CNT), une chambre de 90 membres, sera également un civil, de mêmes sources. L’armée, qui avait des prétentions sur ce poste, a “cédé” face aux civils, avait reconnu en début d’après-midi M. Zida.

– ‘Démocratie normale’ –

Le Premier ministre, désigné par le président, pourra être un civil ou un militaire, selon les délégués. Il sera à la tête d’un gouvernement de 25 membres.
“Comme dans une démocratie normale, le président choisira une personnalité qu’il considère avoir les compétences” en tant que Premier ministre, a remarqué Luc Marius Ibriga, un responsable d’ONG, membre éminent de la société civile.
“Si nous acceptons des militaires dans le gouvernement, il n’y a pas de raison qu’on puisse les exclure de ce poste”, a-t-il ajouté.
La présence d’un soldat en tant que chef du gouvernement avait été envisagée dans la journée.
“La question, c’est: quelle place pour Zida dans l’architecture qui est en train de se mettre en place?”, expliquait un diplomate, pour qui le lieutenant-colonel “se verrait bien Premier ministre”.
“Mais il n’est pas envisageable pour la communauté internationale qu’il soit président, Premier ministre ou président d’une assemblée”, mettait en garde cette source.
Les autorités intérimaires doivent diriger cette ex-colonie française de quelque 17 millions d’habitants pour une durée d’un an et organiser des élections d’ici novembre 2015.
Mis sous pression par l’Union africaine et les partenaires occidentaux du Burkina Faso pour qu’ils rendent le pouvoir, les militaires ont dû revoir leurs ambitions à la baisse.
“Nous avons fait beaucoup de concessions dans l’intérêt du Burkina”, a fait valoir le lieutenant-colonel Zida.
Le temps presse. L’Union africaine a posé le 3 novembre un ultimatum à l’armée pour qu’elle passe le flambeau aux civils dans les quinze jours, sous peine d‘éventuelles sanctions. Le délai expire lundi.
De son côté, le Fonds monétaire international (FMI) a annoncé jeudi qu’il attendrait la formation d’un gouvernement “reconnu internationalement” pour reprendre son aide.
Du côté burkinabè, on réclame du temps pour organiser la succession de Blaise Compaoré, exilé en Côte d’Ivoire.
Les médiateurs africains “veulent aller directement aux élections, même dans six mois. Mais pour nous, il ne s’agit pas seulement de cela”, insiste un délégué de la société civile.

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