Mikhaïl Marguelov en déplacement à Tripoli le 16 juin 2011

Mikhaïl Marguelov en déplacement à Tripoli le 16 juin 2011

AFP / Mahmud Turkia
Un émissaire russe en visite à Tripoli a fait état jeudi de discussions entre le régime de Kadhafi et la rébellion

Mikhaïl Marguelov, représentant spécial de Moscou pour l'Afrique, a rencontré le Premier ministre libyen Baghdadi Mahmoudi. Il a appris de ce dernier qu'"un round de ces contacts a eu lieu à Paris".

Nicolas "Sarkozy a été informé des résultats de ces contacts", a assuré l'émissaire russe, qui s'était aussi rendu le 7 juin à Benghazi, fief rebelle.


Aucun des deux camps de la crise libyenne n'a admis jusqu'à présent l'existence de négociations pour résoudre le conflit, les rebelles réclamant avant toute discussion le départ du colonel Kadhafi.

Or, Tripoli reste inflexible sur cette question du départ du numéro un du régime: "Mouammar Kadhafi est le leader de ce pays", c'est "une ligne rouge dans tout dialogue, a répété le Premier ministre libyen Baghdadi Mahmoudi, après sa rencontre avec Mikhaïl Marguelov.

Kadhafi prêt à organiser des élections ?
Pourtant, Mouammar Kadhafi serait prêt à organiser, d'ici fin 2011, des élections en Libye et à quitter le pouvoir en cas de défaite. C'est du moins ce qu'a avancé le fils aîné du leader libyen Saïf Al Islam dans un entretien au journal italien Corriere della Sera.

Mais "les propositions de Kadhafi et de ses proches en vue d'un changement démocratique arrivent un peu tard. Il est temps qu'il (Mouammar Kadhafi) parte", a déclaré Victoria Nuland, porte-parole du département d'Etat américain.

Le même jour, le ministre italien des Affaires étrangères Franco Frattini a annoncé qu'une "grande assemblée" réunissant tous les chefs de tribu et les représentants de la société civile de Libye se tiendra à Rome "probablement la semaine prochaine".

Le ministre a également annoncé la signature vendredi d'un "accord de coopération" sur l'immigration, avec le Conseil national de transition (CNT), organe des insurgés en lutte contre le régime du colonel Mouammar Kadhafi afin de "prévenir et lutter contre le flux d'immigrés irréguliers, y compris sur la problématique des rapatriements". L'organisation des Nations unies pour les réfugiés (HCR) est partie prenante à cet accord, selon le ministre.

Ancienne puissance coloniale et proche alliée de la Libye, l'Italie a été parmi les premiers pays à reconnaître le CNT comme interlocuteur légitime en Libye.

La communauté circonspecte après l'annonce du fils aîné du colonel Kadhafi
Ni les insurgés, ni l'Alliance Atlantique n'avaient réagi jeudi à la mi-journée suite à la déclaration du fils aîné du colonel Mouammar Kadhafi, Saïf Al Islam, annonçant que "des élections pourraient être organisées "d'ici trois mois, au plus tard à la fin de l'année" et que le leader libyen quitterait le pouvoir en cas de défaite.

La Libye étant plongé dans la violence depuis le début de l'insurrection à la mi-février et la répression qui a entraîné l'engagement de l'Otan contre les forces du "guide" libyen, on voit mal comment cette idée pourrait être appliquée.

Plusieurs pays de l'Otan engagés depuis mars dans les opérations se sont inquiétés des risques d'enlisement, les rebelles, malgré l'appui aérien des Occidentaux, ne réussissant pas à marquer les points décisifs qui leur permettraient d'atteindre Tripoli pour y déposer Kadhafi, au pouvoir depuis près de 42 ans.

Plusieurs explosions ont retenti jeudi matin dans la capitale, en provenance du secteur de Bab al Azizia, le complexe fortifié de Kadhafi d'où s'élève une colonne de fumée, a rapporté un journaliste de Reuters.

Les premières élections depuis 1969
De nombreuses organisations pourraient permettre un vote sans fraude, ajoute le fils de Mouammar Kadhafi en citant l'Union européenne, l'Union africaine, les Nations unies et même l'Otan. Il n'y a jamais eu d'élections en Libye depuis 1969.

"Je ne doute pas un seul instant que l'écrasante majorité des Libyens soutient mon père et considère les rebelles comme des islamistes fanatiques et fondamentalistes, des terroristes soutenus par des étrangers, des mercenaires à la solde de Sarkozy", poursuit Saïf Al Islam dans l'interview au Corriere della Sera.

Interrogé sur le pays le plus à même d'aider la Libye à accéder à la démocratie, le fils du dirigeant libyen a cité la France. "On a déjà eu des contacts avec Paris, pour l'instant sans suite. Ce sont eux (les Français) qui impulsent la politique du gouvernement de Benghazi (...) Donc c'est à eux que revient le devoir de chercher une sortie qui soit la moins sanglante possible."

Saïf al Islam estime que son père serait prêt à quitter le pouvoir en cas de défaite électorale. Mais il n'est en aucun cas disposé à partir en exil, a-t-il souligné.